[Bonetools] DNA Analysis
François Poplin
poplin at mnhn.fr
Thu Nov 14 15:54:45 CET 2013
Dear Christian Gates S Pierre,
as a man in Montreal, I thng you can read me/ Please, have a look at the
last § of this recent "préface". (to chess pieces of Mayenne).
Mayenne
C'est vers 1975, au musée encore dit de Cluny à l'époque, en dessous de
la Sorbonne, que j'ai eu avec les pièces d'échecs médiévales le premier
contact pour identification de matière dure d'origine animale. En ce
temps-là, tout passait pour ivoire, aussi bien celui d'éléphant - le
seul vrai, y compris aux yeux de la législation de notre pays - que ceux
de morse, de cachalot, de narval, et que l'os de baleine et même que le
bois de cerf. Nous avions un certain retard à rattraper par rapport aux
pays nordiques, mieux prévenus des ivoires marins. Même l'os ordinaire
(de boeuf, le plus souvent) prêtait à confusion. Je revois, sur telle
pièce, la stupeur crée lorsque les mots "bois de cerf" ont dû franchir
la barrière de mes dents. Depuis, les étiquettes ont changé, et, mon
expérience s'élargissant, se sont ajoutés sur la liste des espèces
ivoirines le dugong et le rhinocéros des Indes. [Et l'on commence à
s'habituer à parler d'ivoire de sanglier, aidé en cela par l'exemple du
grand frère exotique le phacochère.]
À ce moment là aussi, la séparation des objets d'art et des pièces
délivrées de terre par les fouilles était encore sévère ; il y avait
fort à faire pour concilier les deux points de vue, des conservateurs et
des archéologues. Ceux qui travaillent sur les ossements enfouis ont
beaucoup fait, notamment par les enseignements de la taphonomie.
Un certain nombre de personnes bien disposées ont su faciliter mes
rencontres avec les pièces d'échecs, comme celles dites du jeu de
Charlemagne au Cabinet des Médailles. Du côté du terrain, je me souviens
d'avoir été entraîné par une petite Salomé dansant sur un pion de
trictrac en ivoire de morse des fouilles du Château de Tours. De manière
plus constante et institutionnelle, il y a eu la rencontre universitaire
avec Jean-François Goret, et, derrière lui, avecl'astucieux facteur de
sifflet de Château-Thierry, qui a su incruster dans une pièce d'un jeu
où règne le silence de quoi la faire chanter.
Dans cette même perspective de la rencontre d'un facteur en acte dans
l'oeuvre laissée par lui, avec une immédiateté abolissant les siècles,
il a ceci : sur les pièces en ivoire de morse de Crèvecoeur, une base au
moins a été légèrement excavée à partir du centre, jusqu'à la chemise de
cément périphérique, sans toucher à celle-ci, de sorte que la pièce pose
sur le cément. L'ivoirier l'a laissé en relief, manifestant ainsi sous
nos yeux qu'il l'a observé. Il l'a distingué, il le montre à qui cherche
à le reconnaître pour établir le diagnostic du morse. C'est un confrère,
un collègue, un compagnon.
Après ce moment de recueillement esthétique en même temps que technique
et anatomique, l'évocation du cours de la recherche sur les échecs en
France peut reprendre, pour en arriver à cette conclusion simple et de
pleine actualité : l'exposition de Mayenne marque une sorte de
couronnement, une belle étape sur le chemin.
Le jeu d'échecs provoque une réunion au sommet de matières précieuses de
provenances lointaines. Ébène, ivoire nés sous les tropiques en sont les
représentants les plus caractéristiques et répandus aujourd'hui encore,
même à travers leurs substituts de matière plastique. Ils disent
l'équivalence de deux substances d'origine végétale et animale réunies
par leur solidité, leur finesse et leurs couleurs contrastées, extrêmes
qui se touchent. Leurs noms anciens même, /ebur/ et /ebenus/, les
rapprochent à l'oreille. J'aurais aimé que le premier vînt des confins
nordiques, d'un nom germanique du sanglier, mais les lois de la
linguistique s'y opposent ; cela fait regarder du côté de l'Égypte. Le
second; /ebenos/ en grec, /ebenus/ en latin, en vient, de la Haute
Égypte, du pays où le soleil d'été à midi tombe au fond des puits. Cette
double origine égyptienne renvoie au mobilier de Toutankhamon, symphonie
en ébène et ivoire.
Or, si l'on regarde la carte de l'Europe et de la Méditerranée à travers
les carreaux que dessinent méridiens et parallèles, elle ne tarde pas à
apparaître comme un vaste échiquier où campent au nord et à l'ouest
l'ivoire de morse, de narval et de cachalot, au sud celui d'éléphant
d'Afrique, à l'est et au sud-est celui d'éléphant d'Asie, avec, loin
dans le temps, la question de l'éléphant syrien, et, très loin dans
l'espace, les mammouths congelés de Sibérie. Sur quoi vient broder, dans
le coin en bas à droite, l'hippopotame du Nil (et du Levant pour
l'Antiquité). Sur tout cela rivalisent les cervidés avec leurs bois, de
façon de plus en plus nette en allant vers le nord, cerf en région
tempérée, élan en s'approchant de la Baltique, renne plus haut encore.
Ces deux derniers, l'élan surtout, pourraient venir troubler les
déterminations de cerf sans que nous en doutions. Il est bien possible
que les "étoiles alcines" du /Testament du Lingon/, aient été des
médaillons tirés de la base (meule) du bois de l'élan (/alces/), plus
propre que celle du cerf à donner des médaillons bien ronds.
C'est par là que se situe la suite de la recherche sur les matériaux
employés. Il faut espérer que les analyses ADN puissent être appliquées
à ces bois de cervidés, ainsi qu'aux ivoires eux-mêmes. C'est devenu, à
l'heure actuelle, moins un problème technique que financier ; c'est
aussi une question de choix entre l'intégrité des oeuvres, puisqu'il
faut prélever, et leur connaissance scientifique. La meilleure position
là-dessus, affermie par l'expérience des faux, est qu'il faut peser
résolument le pour et le contre, du gain de connaissance et de la perte
de matière. Le grand exemple de la datation au carbone 14, qui demande
un peu plus matière, est là, montrant qu'une petite perte de substance
peut être valorisante par le résultat au point de devenir agréable à
l'oeil, quand elle vaut certificat d'authenticité. Pour ce qui est de la
marque laissée, de la défiguration, je ferais simplement remarquer que
les grandes bibliothèques n'hésitent pas à frapper de leur timbre les
belles images du passé. C'est pour ouvrir cette voie que nous avons
résolu, voici onze ans, de faire dater le petit pion de Loisy, et je
terminerai en soulignant l'intérêt tout particulier de la datation au
carbone 14 pour la question de l'ivoire de mammouth : 1500 ans étant
nettement différents de 15000 ans, la datation est en mesure d'apporter,
pour les temps historiques, mérovingiens par exemple, une distinction si
sûre qu'on aurait tort de s'en dispenser, dans la noble perspective de
la méthode expérimentale. On va toujours disant qu'on ne peut
expérimenter sur le passé ; là, dans cette configuration du jeu,
l'argument est échec et mat.
Le 12/11/2013 15:35, Christian Gates St-Pierre a écrit :
> Thanks everyone for your suggestions. I have contacted Matthew and I
> would be very interested in exploring with this new technique.
>
> Christian
>
>
> Le mardi 12 novembre 2013 4h32, Steve Ashby <steve.ashby at york.ac.uk> a
> écrit :
> I have just forwarded this message to Matthew. I can support Alice's
> suggestion, having done multiple projects on medieval worked bone with
> the ZooMS team. We have a paper online in j a s for 2014 which uses
> this method to distinguish deer species.
> Steve
> On 12 Nov 2013 07:45, "Alice Choyke" <choyke at ceu.hu
> <mailto:choyke at ceu.hu>> wrote:
>
> Dear Christian,
> I have an alternative suggestion. You are perhaps not aware
> of the ZoOMS project (Zooarchaeology by Mass Spectrometry) for the
> taxonomic identification of worked and raw materials. The project
> is run by Matthew Collins (matthew.collins at york.ac.uk
> <mailto:matthew.collins at york.ac.uk>) at York University (We gave
> them Neolithic bone beads to look at). The study is still early
> days so it is still not possible to differentiate between moose
> and red deer or cattle or aurochs. however, it is absolutely
> non-destructive involving careful heating of the bone object in a
> water solution. They use the water to examine peptides from the
> bone collagen. It is also much cheaper than DNA. Here is one
> reference I can think of but I know they have others in JAS.
> Collins, M., Buckley, M., Grundy, H. H., Thomas-Oates, J., Wilson,
> J. and Van Doorn, N. (2010) ZooMS: the collagen barcode and
> fingerprints. /Spectroscopy Europe / 22 (2), 11--13.
> Best,
> Alice
>
>
> On Tue, Nov 12, 2013 at 4:02 AM, Christian Gates St-Pierre
> <cgates70 at yahoo.fr <mailto:cgates70 at yahoo.fr>> wrote:
>
> Dear collegues,
>
> I am presently preparing a grant submission to the Social
> Science and Humanities Research Council of Canada (SSHRC).
> This research will present an integrative approach to the
> study of faunal exploitation by the prehistoric Iroquoians of
> Northeastern North America, combining zooarchaeology,
> seasonality, use-wear analysis and technological studies of
> bone tools. The inclusion of DNA analysis would represent
> another contributon to this integrative approach. More
> precisely, I would like to include DNA analysis in order to
> identifiy the animal species for some of the bone tools that
> are so heavily worked (transformed) that a species-level
> identification is impossible using morphological criteria alone.
>
> Hence I would like to know if any of you knows about a DNA
> analyst that could be interested in participating in such a
> project. Any suggestion would be greatly appreciated.
>
> Regards,
>
> Christian Gates St-Pierre
> Invited Researcher
> Département d'anthropologie
> Université de Montréal
>
> _______________________________________________
> Bonetools mailing list
> Bonetools at listserv.niif.hu <mailto:Bonetools at listserv.niif.hu>
> https://listserv.niif.hu/mailman/listinfo/bonetools
>
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François POPLIN
Directeur honoraire de l'UMR 7209 Archéozoologie, Archébotanique : sociétés, pratiques et environnements
Responsable du Séminaire d'Anthropozoologie
Muséum national d'Histoire naturelle
CP 56
Ancien Laboratoire d'Anatomie comparée
55, rue de Buffon
75005 Paris
01 40 79 33 11
fax ------ 33 14
francoispoplin.blogspot.com
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